KINSHASA — Dans cette capitale d’Afrique centrale, Kinshasa, une répression discrète mais persistante viserait des défenseurs des droits humains qui se rendent dans les prisons sous couvert d’actions humanitaires.

Depuis plusieurs mois, de petits groupes de bénévoles entrent dans les centres de détention avec des colis de nourriture destinés aux détenus — riz, haricots, savon — tout en observant discrètement les conditions de vie et en écoutant les récits des prisonniers. Ces visites, bien que légalement autorisées, attirent de plus en plus l’attention des services de sécurité.

Selon plusieurs sources proches du dossier, les autorités soupçonnent les activistes de collecter des informations destinées à alimenter des rapports critiques sur le système carcéral. La surveillance aurait été renforcée autour des principaux établissements pénitentiaires — Makala, Ndolo, Buluwo et d’autres lieux de détention — avec des visiteurs interrogés, photographiés et, dans certains cas, suivis après leur sortie des prisons.

Paul M Muila, un activiste et breveté du Centre International des Formations en droits Humains et Développement, décrit un tournant inquiétant : « Au début, on nous ignorait. Puis ils ont commencé à demander pourquoi nous rendions visite aux mêmes détenus à plusieurs reprises. Ensuite, des personnes inconnues ont commencé à apparaître près de mon domicile. »

Les visites humanitaires comblent depuis longtemps un vide dans les prisons surpeuplées de Makala, où les pénuries alimentaires sont fréquentes et où de nombreuses familles peinent à subvenir aux besoins de leurs proches incarcérés. Pour beaucoup de détenus, ces visites constituent la seule source régulière de nourriture suffisante.

Les autorités n’ont annoncé publiquement aucun changement de politique, mais ont mis en garde contre ce qu’elles qualifient de « collecte d’informations non autorisée ». Les activistes craignent que cette formulation ne serve à justifier des arrestations ou des poursuites liées à des considérations de sécurité nationale.

Des observateurs de la société civile estiment que la situation illustre une tension plus large entre le contrôle de l’État et le rôle de vigilance de la société civile. « Lorsque les prisons sont des espaces fermés, toute présence indépendante est perçue comme une menace », explique Madame Esther N Tshizenga, une analyste et activiste régionale. « Mais en l’absence de cette présence, les abus se multiplient dans l’ombre. »

Malgré les risques, certains activistes, même au-delà des frontières nationales, restent déterminés. « Si nous cessons d’y aller, les prisonniers souffriront deux fois : une fois de la détention, et une fois du silence », confie Madame Salva Bilonda Kabamba, une bénévole du CIFDHD.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *