Au début de 2025, les combats entre les forces de sécurité congolaises et des groupes militants dirigés par le M23 se sont rapidement intensifiés, culminant avec la prise de Goma, le principal centre régional de l’est de la République démocratique du Congo (RDC ; le Congo), situé à la frontière avec le Rwanda. Le Rwanda, principal soutien du groupe armé M23, a appuyé son offensive dans l’est de la RDC avec trois à quatre mille soldats au sol. Alors que Goma tombait, des milliers d’habitants — dont beaucoup étaient déjà déplacés internes — ont fui la région. Le 4 février, le M23 a घोषित un cessez-le-feu unilatéral. Entre 900 personnes, selon les estimations de l’ONU, et 2 000 personnes, selon le gouvernement congolais, ont été tuées lors de l’offensive sur Goma. Le M23 est le dernier d’une série de groupes militants soutenus par le Rwanda qui se disputent le contrôle du territoire et des ressources naturelles précieuses dans l’est du Congo depuis la fin des années 1990. L’escalade à Goma a aggravé la violence politique à l’échelle nationale — y compris dans la capitale, Kinshasa — qui s’est intensifiée après les élections nationales de décembre 2023 en RDC. Avec un million de Congolais cherchant refuge à l’étranger et vingt et un millions de personnes ayant besoin d’une aide urgente (médicale, alimentaire et autre), la RDC représente l’une des plus grandes et des plus meurtrières crises humanitaires au monde.
Contexte
Depuis 1996, le conflit dans l’est de la RDC a causé environ six millions de morts. La première guerre du Congo (1996–1997) a commencé à la suite du génocide rwandais de 1994, au cours duquel des extrémistes hutus ont tué environ un million de Tutsis et de Hutus modérés au Rwanda (pays voisin de la RDC à l’est). Pendant et après le génocide, près de deux millions de réfugiés hutus ont traversé la frontière congolaise, s’installant principalement dans des camps dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Une petite partie de ces réfugiés étaient des extrémistes hutus qui ont commencé à organiser des milices en RDC. Les tensions se sont accrues à mesure que des milices tutsies s’organisaient contre ces groupes hutus et que des puissances étrangères prenaient parti.
Après la victoire du Front patriotique rwandais (FPR) contre le gouvernement génocidaire, le nouveau gouvernement dirigé par des Tutsis s’est impliqué en RDC (alors appelée Zaïre). Les troupes rwandaises, sous la direction du président Paul Kagame, ainsi que des milices tutsies basées au Congo, ont lancé une invasion du Zaïre, dirigé à l’époque par le dictateur Mobutu Sese Seko. Kigali a justifié cette intervention en affirmant que les groupes hutus dans l’est de la RDC représentaient toujours une menace pour les Tutsis et que le régime de Mobutu abritait des extrémistes hutus. Le Rwanda a mené cette guerre avec l’aide d’autres États africains, notamment l’Ouganda, mais aussi l’Angola et le Burundi. L’invasion a été coordonnée avec le chef de l’opposition zaïroise, Laurent Kabila. Des milliers de personnes ont été tuées, dont de nombreux civils. Lorsque Mobutu a fui Kinshasa, la coalition Kabila-Kagame a remporté la guerre en 1997, et Kabila est devenu président, renommant le pays République démocratique du Congo.
En 1998, la deuxième guerre du Congo a éclaté après la détérioration des relations entre Kigali et Kinshasa. Kabila a tenté de réduire l’influence rwandaise, a exclu des Tutsis de son gouvernement et a affaibli la présence militaire rwandaise. En réponse, le Rwanda a envahi de nouveau la RDC. Le conflit a impliqué plusieurs pays africains et de nombreux groupes armés. En 2001, Laurent Kabila a été assassiné et son fils, Joseph Kabila, a pris le pouvoir. La guerre a officiellement pris fin en 2002, avec un bilan estimé à plus de trois millions de morts.
Malgré des accords de paix et la mise en place d’un gouvernement de transition, les violences ont continué dans l’est du pays. Joseph Kabila a été élu en 2006. Le M23, composé principalement de Tutsis, est devenu un groupe rebelle majeur entre 2012 et 2013. Soutenu par l’ONU, l’armée congolaise a réussi à repousser le groupe en 2013.
Depuis, d’autres tensions persistent, notamment dans la région de l’Ituri. La richesse minérale de la RDC (cobalt, cuivre, zinc, etc.) a attiré de nombreux acteurs locaux et internationaux. La Chine contrôle aujourd’hui une grande partie des mines étrangères en RDC, renforçant son avantage économique mondial. Cependant, ces activités sont associées à des controverses, notamment des accusations de corruption et de travail des enfants.
Félix Tshisekedi a été élu président en 2018, marquant la première transition pacifique du pouvoir. Toutefois, les résultats ont été contestés. Il a hérité d’un pays confronté à de multiples crises, dont l’épidémie d’Ebola et les conflits armés.
Développements récents
Le conflit risque de s’étendre à toute la région des Grands Lacs. Depuis 2022, le M23 a repris ses activités et contrôle de larges zones du Nord-Kivu. La RDC accuse le Rwanda de soutenir ce groupe, tandis que Kigali accuse Kinshasa de soutenir des milices hutues. Les tensions restent très élevées.
En 2023, des tentatives de désescalade ont été engagées, mais les combats ont continué. La présence des forces internationales, notamment la mission de l’ONU (MONUSCO), est controversée. Malgré les critiques, leur retrait a été retardé par crainte d’un vide sécuritaire.
La situation humanitaire reste dramatique : plus de sept millions de déplacés internes, une forte insécurité alimentaire touchant plus de 23 millions de personnes, et une augmentation des violences contre les enfants. Environ 1,1 million de Congolais ont fui à l’étranger.








