Des défenseurs des droits humains engagés dans le suivi des conditions de détention en République démocratique du Congo font face à une pression croissante, marquée par la surveillance, l’intimidation et parfois des poursuites judiciaires, à la suite de leurs efforts discrets visant à documenter la réalité des prisons, selon plusieurs sources indépendantes.
Ces activistes, souvent organisés au sein de réseaux humanitaires informels, visitent régulièrement des détenus afin d’évaluer leurs conditions de vie, de recueillir des témoignages et d’apporter une aide essentielle, notamment sous forme de nourriture et de produits de première nécessité. Bien que ces actions soient présentées comme humanitaires et légales, elles sont perçues avec méfiance par certaines autorités du pays, en particulier lorsque les informations collectées mettent en lumière la surpopulation carcérale, le manque de soins médicaux ou des détentions prolongées sans jugement.
D’après des personnes proches de ces initiatives, la collecte d’informations se fait généralement avec beaucoup de discrétion afin de protéger à la fois les détenus et les visiteurs. Les notes sont rarement prises à l’intérieur des établissements pénitentiaires et les témoignages sont souvent mémorisés puis retranscrits après les visites, afin d’éviter toute confiscation. Malgré ces précautions, les services de sécurité auraient renforcé leurs efforts pour identifier les personnes impliquées, notamment par le suivi des visiteurs, l’interrogatoire de proches et la surveillance des communications.
Plusieurs activistes interrogés décrivent un climat de peur. « Une fois que vous êtes identifié comme quelqu’un qui pose des questions en prison, vous devenez une cible », confie Paul M Muila. « Vous n’êtes pas forcément arrêté immédiatement, mais vous êtes surveillé », renchérit Jean V Ilunga Kayembe.
Le sort des défenseurs des droits de l’homme en RDC préoccupe. Des organisations locales de défense des droits humains telles que le CIFDH, la VSV, la Lucha et d’autres alertent sur le fait que de telles pressions compromettent le contrôle indépendant des lieux de détention, lequel constitue une garantie essentielle contre les abus. Les normes internationales reconnaissent pourtant le droit des acteurs de la société civile à visiter les prisons et à fournir une assistance humanitaire aux détenus.
Des experts juridiques soulignent que restreindre l’accès aux détenus ou criminaliser les visites humanitaires risque d’isoler davantage les prisonniers et de dissimuler des problèmes systémiques. « La transparence dans les systèmes de détention n’est pas une menace pour l’ordre public », explique un analyste. « Elle est un pilier de l’État de droit. »
Face à l’intensification des pressions, de nombreux activistes déclarent avoir réduit ou suspendu leurs visites en prison, suscitant des inquiétudes quant à une possible détérioration des conditions de détention en l’absence de tout regard extérieur.
















